Rencontre de Païdos et d’Antonio Veronese. L’association a rencontré Antonio Veronese lors de sa venue à Genève en 1997, pour la défense des droits du Mouvement de Sem Terra (Paysans Sans Terre) face à l’ONU. A cette occasion nous avons sollicité Antonio Veronese qui a contribué à l’exposition Les enfants en marge.
Nous entretenons depuis 2 ans des contacts réguliers et il nous a apporté, à l’automne 1998, un choix d’œuvres d’enfants en prison, parmi plus de 300 dessins en sa possession. Ce sont 100 de ces dessins qui sont actuellement exposés dans nos locaux et peuvent faire l’objet d’une visite interactive pour les écoles, sur demande des enseignants.
Un projet de resocialisation “Le projet de resocialisation à travers l’art est un projet autrement fascinant, une expérience humaine très riche. Je pense que ce que Antonio Veronese fait est une leçon de vie pour nous tous, parce qu’il est en train de prouver que l’art peut être un chemin de libération en situation de vie précaire. Le travail d’Antonio Veronese est un effort héroïque culturel pour que les enfants en prison puissent reconquérir un sentiment de dignité à travers l’art. Je pense que c’est une expérience à travers l’art. Je pense que c’est une expérience très belle que nous devons communiquer à tous.” Francisco Welfort, ministre de la culture, Brésil
“En invitant ces jeunes délinquants à travailler avec lui, Veronese les transforme en simples jeunes. En leur apprenant à peindre, il les transforme en artistes.” Antonio Callado, écrivain.
Association Païdos- Genève
http://www.paidos.org/na_expos_archives_prison.html

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600 Enfants
Imaginez une salle de classe petite et sombre aux murs suintants avec quarante-six enfants. Vingt-cinq sont noirs, douze mulâtres et neuf blancs. Seize ont des poux, quatre on la gale, onze de la conjonctivite, un a le corps bardé de furoncles. Vingt- trois sont couverts de cicatrices résultant d´agressions, douze ont déjà été blessés par balles, quatre au couteau, trois présentent des marques de brûlures. Vingt-six sont analphabètes, douze n´écrivent que leur nom, vingt-huit sont orphelins de père, hui de mère et six de père et mère. Dix-neuf ont été violés, trente-neuf ont déjà fumé de la marijuana, quarante et un ont respiré de la colle, vingt-deux sont drogués à la décoction de champignons, sept ont des tics nerveux, dont le bégaiement. Un est hypermétrope et souffre d´une cataracte dégénérative, un a une pneumonie, un probablement la tuberculose, un a la peau de la jambe droite si fragile suite à des brûlures au troisième degré qu´elle se rompt au moindre contact, vingt-trois ont des maladies vénériennes, six sont condamnés à mort par les narcotrafiquants, onze ont de sérieux désaccords au sein de leur propre communauté ou au sein de la prison, un a sur le corps dix-huit cicatrices de brûlures de cigarettes et a complètement perdu l’articulation de son coude gauche après avoir été attaché et traîné par une voiture. Cette salle de classe, dans une prison pour mineurs, dégage un mélange d’odeurs de dérangements intestinaux et de sueur. Ce groupe de malheureux ne dérange plus; on l’a retiré des rues, il ne met plus personne en danger. Ce groupe est mal-né, a grandi mal nourri ; dès l’enfance ils ont été battus comme s’ils étaient grands ; encore impubères, ils ont pratiqué le sexe comme des adultes… Ce groupe de misérables a vite découvert qu’une goutte de colle de cordonnier éloigne la faim et aide à dormir et que son coût est dix fois inférieur à celui d’un hamburger. Ce groupe d’enfants, complètement orphelins de l’Etat, a bien essayé de trouver un emploi mais a fini par céder aux appels des sirènes des trafiquants, avec leurs propositions d’argent facile et d’émotions sans limites. Ce groupe, au passé tragique et au futur sombre, est réuni dans cette classe, dans la torpeur d’un après-midi, pour écouter Mozart et peindre à l’huile. Il est surprenant de constater que le travail qui sort de cet atelier enchante et révèle, malgré tout, une réminiscence d’âme d’enfant chez ces gamins au vilain visage et à l’histoire triste. Grâce à l’apprentissage de la peinture et à l’écoute de la musique, plus de cinquante pour cent d’entre eux verront leurs peines réduites et seront considérés réadaptés à la société. Stimulés par des activités esthétiques et culturelles, ils s’émeuvent et récupèrent rapidement leur estime de soi et leur dignité. La violence à l’intérieur du groupe chute à zéro, sa récidive, trois fois moindre. Rien qu’à Rio, plus de cinq cents enfants sont assassinés chaque année. Cinq mille cinq cents subissent des lésions corporelles graves et soixante et onze pour cent de tous les enfants de Rio, indépendamment de leur classe sociale ou de la géographie urbaine, pâtissent de maladies psychosomatiques causées par la peur. Je viens de présenter devant la Commission des Droits de l’Homme aux Nations Unies, les photographies de cent soixante de ces enfants avec lesquels j’ai travaillé et qui ont en commun des corps marqués de quantité de cicatrices dues à la violence urbaine, domestique et policière. Les chiffres du recensement de la violence contre les mineurs à Rio nous permettent d’affirmer qu’il y a un génocide de jeunes en cours au Brésil ! C’est de cela dont nous devons nous occuper en priorité! (Texte publié par Veronese, maître de peinture dans les prisions de mineurs au Brésil)
600 Meninos- Antonio Veronese-Jornal do Brasil
Imaginem uma sala pequena e suarenta, quase escura, com quarenta e seis meninos .Vinte e cinco destes são negros, doze mulatos e nove brancos. Dezesseis estão com piolho, quatro com escabiose, onze com conjuntivite, um tem o corpo coberto por furúnculos. Dezesseis tem cicatrizes massivas resultantes de agressões, doze já foram baleados, quatro feridos à faca, três têm marcas de queimaduras.Vinte e seis são analfabetos totais, doze só sabem escrever o próprio nome, vinte e oito são órfãos de pai, oito órfãos de mãe, seis de pai e mãe. Nove deles foram violentados, trinta e nove já fumaram maconha, quarenta e um já cheiraram cola, 22 revelam uma grande “fissura” por chá de cogumelo, sete têm tiques nervosos entre os quais a gagueira. Um tem hipermetropia e catarata degenerativa, um está com pneumonia, um com suspeita de tuberculose, um tem a pele da perna direita fragilizada devido a queimaduras de terceiro grau, vinte e três estão com algum tipo de doença venérea, seis estão jurados de morte pelo tráfico, onze têm desavenças sérias na própria comunidade ou no presídio, um tem dezoito marcas de queimaduras a cigarro, um tem um pedaço de vidro encravado na face, e um perdeu totalmente a articulação do cotovelo esquerdo após ser amarrado a um automóvel e arrastado. Dos quarenta e seis, doze! estarão mortos antes de completar 25 anos. A sala, dentro de um presídio de menores, tem uma mistura de cheiros produzidos pelos desarranjos intestinais e a copiosa sudorese. Esse grupo de infelizes não incomoda mais; está retirado das ruas, não causa mais risco a ninguém. Esse grupo nasceu mal-nascido, cresceu mal-nutrido, desde pequeno apanhou como gente grande, ainda impúbere fez sexo como gente grande… Esse grupo de desgraçados logo descobriu que uma ponta de cola de sapateiro, dez vezes mais barata do que um cachorro quente, tira a fome e ajuda a dormir… Esse grupo de meninos, órfãos absolutos do Estado, até que tentou arrumar um emprego, mas acabou sucumbindo ao canto de sereia dos traficantes,com suas ofertas de dinheiro fácil e emoções sem limites. Esse grupo, de trágico passado e sombrio futuro, está reunido nesta pequena sala, na modorra da tarde, para ouvir Mozart e pintar a óleo e, surpreendentemente, o trabalho que resulta desta tosca oficina encanta a todos, e revela, apesar de tudo, uma remanescente alma de criança nesses meninos de cara feia e história triste. Pelo simples exercício de pintar e ouvir música, mais de 50% deles tem suas penas reduzidas ou comutadas, sendo considerados re-adaptados ao convívio social. Provocados por atividades estético-culturais emocionam-se e recuperam rapidamente a auto-estima e a dignidade. A violência intra-grupo cai a zero e a sua reincidência no crime é três vezes menor. Somente no Rio de Janeiro mais de 600 meninos são assassinados a cada ano. Outros 5.500 sofrem lesões corporais dolosas, e sessenta e um por cento de todas as crianças cariocas,independentemente de classe social ou geografia urbana, sofrem de doenças psicossomáticas relacionadas ao medo. Acabo de apresentar à Comissão de Direitos Humanos das Nações Unidas fotografias de 160 dessas crianças que trabalharam comigo, as quais têm em comum os corpos marcados por cicatrizes decorrentes da violência urbana, doméstica e policial.Os números censitários da violência contra menores no Rio nos permitem afirmar que há um genocídio de jovens em curso no Brasil! E, disso, precisamos tratar prioritariamente! Não advogo impunidade, pois sei que muitos destes infratores têm tal septicemia moral que têm que ser afastados do convívio social. Mas o que especialmente me incomoda é a constatação de que a imensa maioria deles poderia ser salva, mas , apesar disso, está simplesmente sendo jogada no lixo. (Texto publicado por Antonio Veronese no Jornal do Brasil-Rio)

L´image des marginalisés n’est pas obscène…Obscène est l’indifférence - Antonio Veronese
A imagem dos marginalizados não é obscena…Obscena é a indiferença- Antonio Veronese
Le magazine Nuevamerica, publié aux États Unies, consacre son édition, de Décembre 2007, à une synthèse des arts plastiques en Amérique Latine. Avec un éditorial du célèbre critique et poète brésilien Ferreira Gullar. Artistes brésiliens sélectionnés : Oscar Niemeyer, Cândido Portinari, Tarsila do Amaral et Antonio Veronese
A revista Nuovamérica publicada nos Estados Unidos dedica sua edição de Decembro de 2007 a uma síntese das artes plásticas na América Latina. Com um editorial do célebre crítico e poeta Ferreira Gullar. Artistas brasileiros seleconados: Oscar Niemeyer, Cândido Portinari, Tarsila do Amaral e Antonio Veronese.
“Dans ces visages à l’apparence torturée, presque inquiétante et repoussante, Antonio Veronese a vu la parcelle lumineuse et nous la transmet. Ses visages, ses regards sont un vibrant témoignage de l’humanité qui existe en chaque personne”-Marinka Schillings-
“Nesses rostos de aparência torturada, inquietantes e quase repulsivos, Antonio Veronese pôde entrever a parcela luminosa, que ele nos revela. Esses rostos, esses olhares são um testemunho vibrante do humano que existe em cada um de nós” Marinka Schillings-
contacts:
antonioveronese1@yahoo.fr
Petite Putain
A seguir, entrevistas, críticas, frases retiradas de entrevistas, e comentários de personalidades sobre sua pintura de Antonio Veronese
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-Entretien avec Antonio Veronese à la suite de l´exposition “Les Visages de Antonio Veronese “, UNESCO- Paris
-Entrevista com Antonio Veronese feita durante a exposição Os Rostos de Antonio Veronese, UNESCO-Paris

Extrait de l’entretien paru dans la revue Chimères -Édition 68
Chimères: Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Antonio Veronese: J’ai depuis toujours été touché par notre vulnérabilité… Notre perplexité devant la vie et la mort… J’imagine que ça a profondément influencé ma peinture. J’ai eu une enfance pauvre… autour de moi j’avais les visages de l’échec avec une puissance, une dramaturgie, une beauté qui surpassent la superficialité des visages de la bourgeoisie. Depuis l’âge de 11 ou 12 ans, je suis obsédé par ce théâtre expressionniste, ces personnages en dehors des règles esthétiques de la pub. En me regardant, enfant, peindre ces visages, mon entourage me croyait fou. Mais un jour, par hasard, dans ce petit village où j’habitais à l’intérieur du Brésil, j’ai découvert un livre de Modigliani et je me suis dit: voilà, je ne suis pas le seul fou!
Ch.: Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre expérience avec ces jeunes prisonniers au Brésil ?
A. V.: Le gaspillage de talent. Des garçons tellement doués pour la musique ou le sport, incarcérés à cause de délits sans gravité, prisonniers à cause de l´oublie de l’État, et mal récupérés à cause de l’incompétence de l’État. Ce drame brésilien s’impose avant tous les autres. C’est une question de dignité nationale. En dehors de la question morale, il y a la question quotidienne de la violence… La source de cette violence, c’est la frustration de ne pas réussir dans les canons du matérialisme d’une société obsédée par la réussite. C’est pour ça que j’ai dit que la violence carioca est une forme moderne de lutte des classes.
Ch.: Face à un échecpluriel: famille, école, rue… comment aider un enfant en rupture sociale?
A. V.: En le sensibilisant, en faisant ressortir ses émotions aux contacts des conquêtes de l’humanisme : de l’art, de la musique, de la danse, du théâtre… Ce sont des choses très efficaces pour les enfants en situation d’extrême risque. L’esthétique, c’est un médicament !
Ch.:Comment, selon vous, articuler protection de l´enfant et traitement de la délinquance juvénile?
A.V.: L´enfant délinquant a besoin, comme jamais, de la protection de l´État et de la société. Parce qu´il est placé “au front” de la société, il est confronté à des risques extrêmes…Il est toujours au bord de l´abîme. Donc, l´État qui n´a pas assuré sa formation doit s´engager fortement dans sa protection.
Par rapport à la délinquance juvénile, je ne suis pas du tout l´avocat de l´impunité. Je trouve que certains des ces gamins souffrent d´un tel septicémie moral qu´ils doivent être écartés de la société. Le problème est qu´au Brésil l´immense majorité des ces enfants pourrait encore être sauvée mais, malgré ça, ils sont en train d´être jetés à la poubelle.
Ch.: Des quels fondamentaux faudrait- il disposer pour prévenir la délinquance juvénile?
AV.: Dans la situation brésilienne, il faut d´abord récupérer l´école publique. Je suis issu de l´école publique qui, il y a trente ans, était de très bonne qualité. Il faut la récupérer surtout parce qu´elle atteint les classes les moins privilégiées, celles qui sont les plus touchées par la violence. Au Brésil, la violence est un phénomène qui affecte surtout les pauvres et la justice est un outil surtout pour les riches. Pour qu´un enfant échappe à cette spirale, il faut que l´État s´engage fortement à sa formation. Ceci est notre grande urgence, notre priorité.
Ch.:Pourquoi peindre aujourd´hui?
AV.: Parce que la peinture est toujours une nécessité humaine; parce qu´il y a une urgence contemporaine; parce que ce serait un appauvrissement que de laisser seulement à la littérature et au cinéma le rôle de capter et de réagir à contemporanéité.
Ch.: La peinture n´est-elle pas dépassée historiquement?
AV.: Non, au contraire, elle continue à être uns des moyens d´enregistrement
les plus fiables, et un des outils plus sophistiqués de l´Homme.
Ch.: Pourquoi cette obsession pour le visage?
AV.: Parce que sa complexité est inépuisable. J´ai ouvert la boîte de Pandore.
Ch.: La peinture est-elle encore un instrument efficace pour la dénonciation des violences?
AV:. La preuve c´est que vous êtes là, pour m´interviewer
Chimères, revue fondée par Gilles Deleuze et Felix Guattari